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LA THEMATIQUE DU FAV 2023 : SACRALITE


La notion de sacralité prend de multiples visages aujourd’hui. Il se joue un moment de basculement « d’un sacré à l’autre » dans la société contemporaine. Du religieux – avec ses espaces et ses rites très codifiés - vers le sportif, le culturel, le laïc, le politique… Le sport a pris le statu de nouvelle religion pour certains. Les grands stades deviennent ainsi des hauts lieux du rite collectif avec des temps fédérateurs qui marquent l’histoire. Parallèlement, les grands équipements sportifs constituent des lieux iconiques de l’architecture, des écrins de cette sacralité « magnifiée », tel le « Nid » d’Herzog et de Meuron pour le stade de Pékin. L’école a perdu son estrade, tout comme l’enseignement a changé de statut. L’espace nous raconte cette mutation de paradigme dont découle des nouveaux programmes sanctuarisés par l’architecture. Emblèmes d’une société qui adopte d’autres repères. Difficile donc de définir ce qui est sacré ou ce qu’il ne l’est pas avec certitude. La prise de conscience environnementale et l’urgence climatique qui s’imposent à nous, ont une influence certaine sur la mise en place de ce nouveau paradigme.

Toutefois, si l’appréhension du sacré présente une grande complexité et diversité d’approche, l’association sacré/espace est une évidence qui permet de l’aborder plus clairement. Dès que l’espace donne à ressentir l’expression de la sacralité, il n’est plus véritablement utile de le décrypter. En parler est trop complexe, voir tabou. La sacralité dans l’espace ne se raconte pas, elle se vit.

Dans ce déplacement de valeurs, chaque nouvelle sacralité a ses rites et ses rituels qui marquent indéniablement l’espace. A l’image de la société contemporaine, le rapport au temps et à la communication y joue un rôle transformé. Le rite composé de trois aspects décrits par Lévi Strauss : les « paroles proférées », les « gestes accomplis » et les « objets manipulés » est bouleversé par ces mutations.  Bien que ces trois types d’actions soient également présentes dans la vie profane, elles sont exécutées d’une manière spécifique pour le rite, qui ne se révèle que dans un lieu donné.

Même mouvant, l’espace de la sacralité revêt des traits universels en mettant en scène l’interdit, le préservé, le clos, l’initiatique, le mystérieux, dans un rapport fort avec son contexte. C’est le lieu qui fabrique le sentiment premier du sacré. Il accompagne l’attitude du corps, amène les conditions du calme ou de l’intensité, du partage ou de l’introspection.

Les cours des hôtels particuliers, lieux protégés, secrets et introvertis, invitent à cette réflexion sur la sacralité. Elles constituent un cadre privilégié pour interroger la place et la condition du sacré dans la ville dense, et plus particulièrement dans un tissu historique. Cette approche peut réinterroger les imaginaires urbains, convoquer les mythes, les icônes, le souvenir ou encore le fétichisme dans leur dimension sacralisée.




Annabelle ISZATT

Architecte, enseignante chercheuse